4 IETA devant un VSAV - BSPP - Mai 2020
ASP Claire-Eva L.

Des élèves IETA engagés aux côtés des victimes du COVID-19 avec la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris (BSPP)

Formations

Emerys et Chris, deux aspirants IETA* en année de formation humaine et militaire (également appelée " année 0 ") sont affectés depuis le 15 novembre 2019 au centre de secours de Champerret, Paris 17e. Ils rejoindront l’ENSTA Bretagne à la rentrée, pour débuter leur formation ingénieur.

En complément, depuis le 6 avril, une convention établie entre l’ENSTA Bretagne et la BSPP a permis aux IETA ayant effectué leur stage d'année 0 à la BSPP, d'y retourner bénévolement pour apporter leur soutien face à cette crise sanitaire. Ainsi Théo (IETA 2021, PYRO) et Quentin (IETA 2022) ont solidairement rejoint les équipes parisiennes en tant que chefs d’agrès VSAV (Véhicule de Secours et Assistance aux Victimes) et sont confrontés quotidiennement aux victimes atteintes du COVID-19.

Emerys, Chris, Théo et Quentin nous partagent avec passion leurs implication et soutien aux côtés des équipes de la BSPP dans cette bataille quotidienne contre le COVID-19. Un grand bravo à eux !

Pourriez-vous nous décrire vos actions au sein de la BSPP ?

Emerys

« Tout juste sorti de formation, c’est en tant que chef d’agrès VSAV, c’est-à-dire chef d’intervention secours à victime, que je me suis retrouvé propulsé directement au coeur d’une crise sanitaire sans précédent.

Au début de la période COVID-19, l’enjeux est de taille : assurer les missions courantes de secours à victimes (arrêt cardio-respiratoire, accident vasculaire-cérébral, coma, accident de la circulation) tout en prenant en charge les interventions COVID-19. Au plus fort de la crise, c’était plus de 2 500 appels quotidiens et plus de 500 interventions par jour liés au virus. A ce titre, je me souviens de certaines gardes où l’on savait qu’une fois parti le matin, on ne reverrait la caserne que le soir.

Le COVID-19 a grandement impacté la façon de gérer les interventions jusqu’au fonctionnement de la garde toute entière. Par exemple, à l’abord de la victime, au moindre symptôme évocateur du virus, j’ordonne à mon équipage de revêtir une tenue biologique renforcée avec masque, gants, lunettes, charlotte, sur-chaussures et casaque pour limiter le risque de contamination. Les connaissances sur la pathologie progressant de semaines en semaines, il m’incombe également de bien maîtriser les évolutions des conduites à tenir des interventions COVID-19 ainsi que les protocoles spécifiques d’utilisation et de désinfection du matériel. En tant que chef d’agrès, je suis responsable de l’engagement de mes personnels, et je ne peux pas concevoir un instant de leur faire prendre le risque de ramener le virus dans leur foyer, au sein de leur famille. C’est également en raison de notre forte exposition au virus, que j’ai préféré rester en caserne sans rentrer chez moi pendant ces deux derniers mois. Un petit sacrifice au service d’une grande cause.

Quand on sort des remises, tous gyrophares allumés, le deux-tons hurlant sous les applaudissements d’une population parisienne reconnaissante du personnel soignant, le poil s’hérisse, l'adrénaline est en hausse, et prend vie le rêve de servir. La BSPP nous fait confiance et à ses côtés, nous sommes prêts pour la deuxième vague.

Comment se déroulent vos interventions ?

Chris

« Le secourisme est une vraie profession, un vrai schéma de pensée particulier auquel je n’ai pas su m’adapter suffisamment vite. Ainsi, à l’issue de la formation j’ai pris la fonction d’équipier VSAV et non celle de chef d’agrès à l’instar de mes camarades. Cela ne m’a pas empêché de m’engager dans la lutte contre le COVID-19, bien au contraire.

L’équipier, sous les ordres du chef d’agrès, est celui qui va au contact de la victime. Il est celui qui effectue les gestes de sauvegarde, celui qui prend les constantes pour vérifier que l’état de santé n’est pas préoccupant dans l’immédiat. Notre mode d’action est sensiblement le même sur chaque intervention : en premier lieu on vérifie sommairement que la victime ne présente pas de détresse qui mette de manière imminente sa vie en péril. Si jamais c’est le cas, on agit en conséquence afin de stabiliser la victime en attendant le renfort médical nécessaire. Si ce n’est pas le cas, alors on prend de l’information afin d’obtenir des éléments permettant d’expliquer cet état de détresse. Ensuite, si besoin nous emmenons la personne aux urgences. Ce mode d’action très générique est toujours appliqué pendant cette crise sanitaire sans précédent. La nuance réside dans les précautions que nous sommes amenés à prendre afin de nous préserver, nous et nos proches. C’est à dire qu’avant de partir sur une intervention à caractère COVID-19, nous nous équipons d'Équipements de Protection Individuel (EPI). Une fois sur place, nous limitons le nombre de personnels au contact et nous protégeons autant que possible la victime afin de limiter le risque de transmission. Une fois l’intervention terminée, un protocole strict de déshabillage et une désinfection méticuleuse de l’équipement et du véhicule (VSAV) nous attendent. »

Quel regard portez-vous sur votre soutien apporté aux équipes de la BSPP ?

Théo

« Suite à la fermeture de l’école, je me suis d’emblée porté volontaire pour réintégrer la BSPP. Il était en effet important pour moi de participer à mon niveau à “l’effort de guerre” de notre pays. C’était aussi une façon pour moi de rendre à la Brigade une partie de tout ce qu’elle m’a apporté durant mon année de formation humaine et militaire. Le retour à ma fonction de chef d’agrès VSAV après un an et demi en école d’ingénieur a nécessité un investissement personnel important pour remettre à jour mes connaissances en secours à victime. Cet investissement nous a imposé à Quentin et moi de trouver un certain équilibre entre cet engagement et les cours à distance.

Bien que l’activité opérationnelle ait été réduite depuis ces dernières semaines suite au confinement, et à ses effets, les Sapeurs-Pompiers de Paris suivent un rythme de garde exceptionnel de cinq jours consécutifs pour dix jours de repos. Notre engagement nous permet donc d’une part, de venir en aide à la population parisienne en lui portant secours, et d’autre part de soulager les Sapeurs-Pompiers de Paris en leur permettant d’avoir un jour de répit pendant leurs cinq jours de garde. C’est donc avec une certaine fierté mais aussi beaucoup d’humilité que j’aborde cet engagement au service des Sapeurs-Pompiers de Paris et de mes concitoyens. »

Quentin

C’est avec un grand enthousiasme que je me suis porté volontaire pour réintégrer temporairement la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris. Nous vivons une expérience unique en participant activement à la lutte contre le COVID-19.

Depuis le 1er février, ce sont près de de 10 500 interventions COVID-19 que la Brigade a réalisé au coude à coude avec les urgentistes des Samu et l'ensemble du milieu hospitalier. Notre engagement nous a confronté à ces interventions atypiques dont nous avons dû adapter au fur et à mesure des semaines les conduites à tenir pour limiter les risques de propagation du virus. J’ai une pensée toute particulière pour les personnels de santé qui ont été touchés par le COVID-19 malgré toutes les précautions prises, dont des Sapeurs-Pompiers de Paris. Le soutien que nous apportons en tant que chef d’agrès VSAV permet de diminuer le nombre de gardes au VSAV des Caporaux Chefs et Sergents. De ce fait, j’espère contribuer à limiter l’exposition de ces pères et mères de famille à un virus qu’ils pourraient attraper et transmettre à leurs proches.

La réussite de ce partenariat a d’ores et déjà porté à la réflexion d’une convention annuelle avec l’ENSTA Bretagne, permettant aux anciens stagiaires IETA BSPP de revenir prendre régulièrement des gardes sur leur temps libre. »

Un grand merci à tous nos étudiants et personnels impliqués dans la bataille contre le Covid-19.

* IETA : il s'agit des ingénieurs des études et techniques de l'armement. Leur formation de 4 ans les préparent à travailler pour la Direction Générale de l'Armement, au sein du Ministère des Armées.